Bouger

Bouger

« Face aux difficultés de la vie et aux tracas du quotidien, le corps a besoin de se ressourcer. Bien qu’elle ne soit pas suffisante en tant que telle, une activité physique mesurée l’y aidera forcément. »

Pour guérir d’une dépression ou plus généralement quand on affronte une période de stress, le conseil numéro un que l’on reçoit, c’est de s’adonner à une activité sportive. Trente minutes au minimum par jour. Selon moi, cette sage recommandation ne prend tout son sens que si elle s’accompagne d’une réelle présence à soi. Je n’inciterais personne à bouger pour bouger, ni à bouger sans s’arrêter. Par expérience.

Quelques semaines après avoir accepté que j’étais atteinte d’une dépression, j’ai développé une addiction à l’action. Ne rien faire m’était devenu impossible. Curieux, n’est-ce pas ? On aurait tendance à croire que cette maladie cloue au lit celles et ceux qui en souffrent. Ce n’est pas si simple, je l’ai appris à mes dépends. À qui la faute ? Mesdames et Messieurs, je vous prie d’accueillir sur scène la bien-nommée anxiété généralisée ! L’horrifique compagne, non moins vicieuse, de la dépression ! Une production exclusive du cerveau et de ses pensées parasites !

L’anxiété me suivait partout où j’allais, à n’importe quel moment de la journée et sans me lâcher d’une semelle pendant la nuit. La douleur qu’elle générait étant d’autant plus insupportable au repos (j’avais l’impression que ma tête allait exploser), je mettais mon corps en mouvement. Avec le recul, j’ai compris pourquoi. C’était une manière de me préserver, comme un mécanisme d’autodéfense. Si j’avais décompressé d’un seul coup, j’aurais fini aux urgences. Plutôt, je bloquais mes émotions pour ne pas me laisser submergée par elles.

Si l’intention était justifiable, elle s’avérait intenable sur la durée. Mes crises de rangement compulsif, mes heures passées à marcher à toute vitesse, mes séances de jogging pour calmer immédiatement une angoisse qui se remanifestait sitôt l’effort terminé. Il fallait que cela cesse.

Grâce à la thérapie, couplée à un entraînement cérébral en continu, je me suis peu à peu délestée des boulets qui n’avaient cessé de m’alourdir (tandis que, en réalité, je perdais du poids ; j’y reviendrai). En parallèle de cet effort de longue durée, j’ai commencé à faire du sport pour mon bien-être et non plus pour soulager l’anxiété.

Aujourd’hui, forte d’une légèreté nouvelle, les ruminations ont arrêté de m’envahir. Et, enfin à l’écoute de mon corps, je bénéficie d’autant plus des bienfaits de ma pratique sportive.

Face aux difficultés de la vie et aux tracas du quotidien, le corps a besoin de se ressourcer. Bien qu’elle ne soit pas suffisante en tant que telle, une activité physique mesurée l’y aidera forcément.

Quant au choix du (ou des) sport(s) en question, il est bien évidemment personnel. Cela me semble contreproductif de se forcer à pratiquer un sport où l’on se sentirait mal à l’aise ou qui nous fatiguerait avant l’heure. Par exemple, on m’a toujours dit, « la natation c’est génial ! C’est le sport le plus complet, vas-y, fonce les yeux fermés ! ». Non, justement. Je nage mal et je vis depuis mon enfance avec la peur de mettre la tête sous l’eau, donc très peu pour moi. Quelques longueurs pourquoi pas, mais sans plus. D’autres personnes, elles, y trouveraient leur compte. Il y en a pour tous les goûts.

En ce qui me concerne, au-delà de la course (le seul sport où j’excellais durant ma scolarité) et de l’abonnement à la salle de gym, j’ai cherché un sport qui me mènerait à rencontrer d’autres personnes. Contre toute attente, j’ai acheté un ticket dix entrées à la piscine… pour faire du vélo dans l’eau.

Au-delà de ses effets positifs pour mon cœur et mon corps, « l’Aquabike » m’a aidée à surmonter mon angoisse liée au regard des autres. La première fois, je me souviens des tensions qui m’avaient parcourue avant d’entrer dans l’eau car je m’imaginais être jugée pour mon apparence. À présent, quand je franchis les quelques mètres qui séparent les vestiaires du bassin, je regarde droit devant moi, la tête redressée et le sourire aux lèvres. Parce que je sais que je vais passer un bon moment. Si l’effort induit une difficulté, il ne devrait pas faire souffrir.

Pour finir, je laisse Ellie, le personnage principal de mon livre « La nuit s’éveille et tout s’éclaire » (https://www.librinova.com/librairie/helena-dahl/la-nuit-s-eveille-et-tout-s-eclaire), évoquer sa découverte de l’Aquabike :

« Les exercices s’enchaînaient à un rythme soutenu, cadencé par des chansons adaptées à chaque situation : endurance, accélération (ma préférée), travail des bras, des abdos (les pompes sur un vélo, ça je peux faire), des exercices d’équilibristes. Michal officiait en chef d’orchestre avec toute la grâce d’un artiste de l’eau et l’enthousiasme d’un maître-nageur cycliste. « Ça va ? » « Oui ! » « Allez les filles ! » « Bravo ! ». Maman était heureuse comme tout. Je tentais de suivre comme je pouvais et, pour ainsi dire, cela m’amusait aussi. Surtout, j’avais la sensation que mon corps, tant dénigré par mes soins, me remerciait pour chaque seconde d’effort supplémentaire. Alors que mon cœur battait à tout rompre, surexcité et criant de joie comme si je lui faisais emprunter une énorme looping, mes bras, cuisses, mollets et ventre se tendaient dans l’euphorie de l’action. Quand Michal criait « plus vite ! », j’allais plus vite. Je ne cherchais pas à m’épargner, car, plus je me donnais corps et âme, plus je me sentais légère, libérée, revitalisée par un flot d’énergie phénoménale qui se propageait dans mes veines. De temps en temps, il nous rappelait de boire. À l’occasion d’une récupération (quinze secondes chrono), Maman s’est tournée vers moi : « Ça va Ellie ? Ça te plaît ? ». Sans réfléchir, du fond du cœur, je lui ai répondu « Oh oui Maman ! L’Aqua Bike m’enseigne les vertus du défoulement ». Bien plus recommandé que le refoulement. Je découvrais un tout autre univers, celui du dépassement de soi, où, le temps d’une séance, on oublie tout le reste pour ne pas s’oublier, soi. »

Si je n’avais qu’un conseil à donner, faites du sport, sans hésiter, mais avant tout pour vous faire du bien !