Je suis ma référence avant tout

la phobie de l'abandon

Je suis ma référence avant tout

La phobie de l’abandon nous fait dépendre des autres, qui sont là pour combler un vide affectif. Pour réussir à surmonter cette peur envahissante, la première chose est de chercher à la comprendre.

Je suis ma référence avant tout

La phobie de l'abandon

La phobie de l’abandon : ses manifestations

 

Durant toutes ces années, s’il y avait bien une chose qui me faisait peur, c’était l’abandon. Même sans aucune raison valable, je ne pouvais m’empêcher de penser, je vais me retrouver toute seule, et cette perspective m’effrayait. À tel point que cela en était devenu une phobie, dont l’impact était considérable sur mon comportement.

Je croyais que pour mériter d’être aimée, je devais toujours agir au mieux, être la plus gentille, la plus conciliante, la plus agréable possible, et causer le moins de problèmes. Comme si on ne pouvait m’aimer uniquement pour ce que je faisais, et non ce que j’étais. Comme si je n’avais pas le droit à l’erreur.

Parce que j’avais besoin d’être rassurée, j’étais en quête perpétuelle d’approbation. « On a passé un bon moment ensemble, n’est-ce pas ? » « C’était bon ce petit plat ? » « Tu es sûr que ce n’est pas un souci ? » « J’ai bien fait ? » J’attendais ce « oui » libérateur qui me soulagerait de mes tergiversations. S’il ne venait pas, je m’en voulais terriblement.

Résultat, une critique, et je me sentais entièrement remise en question.

Résultat, le moindre conflit, dans mon couple, dans ma famille, avec mes amis, et même des inconnus, me dévastait. La colère et la déception de mes interlocuteurs me faisait craindre d’avoir commis l’irréparable. Je les voyais déjà me rejeter ou me quitter comme une vulgaire chaussette trouée.

Me retrouver toute seule étant une véritable hantise, je développais une dépendance vis-à-vis de mes proches. J’étais en demande perpétuelle d’affection pour combler un vide. Cela a commencé avec ma sœur, puis mes amis, puis l’homme de ma vie, puis ma fille. Sans eux, me disais-je, « je ne suis rien. » « Ils me complètent. » Parce qu’au fond, je ne me sentais pas pleine et entière. J’avais besoin d’eux pour trouver un sens à ma vie.

Au-delà, la crainte que mon amour envers eux ne soit pas aussi fort que l’amour qu’ils me donnaient me poursuivait comme un aimant. Même si je ne voulais pas le voir, je n’avais pas confiance. Ni en eux, ni en moi. Et, de fait, j’étais facilement jalouse.

Je ne pouvais plus continuer à vivre comme cela.

Comprendre la phobie de l’abandon : les leçons du passé

 

La première chose, c’était de chercher à comprendre.

Grâce à la thérapie, j’ai pu explorer mon passé. Et j’ai vite trouvé la réponse.

Ma grande sœur.

Durant toute mon enfance, elle représentait une figure d’attachement très forte. J’étais si proche d’elle que nous passions presque tout notre temps ensemble. Je n’étais jamais seule puisque, quand elle n’était pas là, il y avait mes parents ou mes amis. Mais, avant tout, il s’agissait d’elle.

Lorsqu’elle est tombée malade, le choc a été énorme. En quelques mois, notre relation s’est dégradée. Plus rien n’était comme avant. Je ne la reconnaissais plus. C’était comme si on m’avait enlevé une partie de moi. Nous nous sommes éloignées, et je l’ai vécu comme un abandon. Une immense blessure. Alors qu’en vrai, elle était toujours là.

À son décès, je me suis sentie me désintégrer en petits morceaux. Sans elle, qu’étais-je ? Comment allais-je survivre ?

Au-delà de la phobie de l’abandon : se redécouvrir

 

Des années plus tard, la dépression m’a forcée à me reconstruire. À regarder à l’intérieur pour voir ce qui s’y trouve, ce qui me convient et ce que je veux changer, mes forces et mes faiblesses, mes centres d’intérêt et de désintérêt, mes émotions et mes appréhensions. J’ai enfin appris à me connaître. J’ai enfin réalisé toute la richesse qui est la mienne. J’ai enfin compris que je suis ma propre référence avant tout.

Aussi, j’ai accepté que mes proches ne sont pas là pour remplir un vide. Leur amour ne sert pas à satisfaire ma faim insatiable d’affection. Ils m’offrent quelque chose en plus. Un inestimable cadeau qui dépasse ma simple personne. Ils existent à mes côtés, comme j’existe auprès d’eux. Quoi qu’il advienne, nous restons toujours des individus uniques, qui s’apportent mutuellement les uns les autres.

 

Maintenant que je dispose des clés qui me permettent de comprendre ma phobie de l’abandon, la deuxième étape, et la plus difficile, c’est de trouver les moyens pour la surmonter. D’une part, en retrouvant l’estime de soi et la confiance en soi, mais aussi en les autres ; d’autre part, en réapprenant à apprécier la solitude. J’en parlerai dans mon prochain article.

 

Héléna DAHL

Française résidant à Bruxelles, âgée de trente-deux ans, j’ai commencé ma carrière en tant qu’assistante parlementaire au Parlement européen, où j’ai travaillé pendant cinq années. Animée par ma passion de l’écriture, j’aspire aujourd’hui à une carrière d’auteure professionnelle. En effet, écrire a toujours fait partie de moi, et ce dès le plus jeune âge. Mon premier roman, La nuit s’éveille et tout s’éclaire, est une œuvre de fiction basée sur mon récit de vie.