Il y a de la beauté dans l’aspérité

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Il y a de la beauté dans l’aspérité

Imperfection, c’est un terme qui fait peur, et pourtant, il ne pourrait mieux nous décrire. En reconnaissant notre fragilité, avec humilité, nous apprenons à nous apprécier dans notre intégralité, avec nos qualités et nos défauts. Et, de fait, nous devenons davantage tolérants vis-à-vis des autres.

Il y a de la beauté dans l'aspérité

Imperfection et humanité

La difficulté d’admettre son imperfection

– J’ai trouvé ta façon de parler condescendante, et je n’ai pas apprécié.

– Toi, tu es souvent cassante quand tu t’exprimes, alors à d’autres !

Lorsqu’une personne formule une critique envers soi, le premier instinct de protection, c’est la contrattaque. On la renvoie à ce qu’elle a pu faire de mal, à un moment qui n’a rien à voir avec le temps présent. « Pendant notre dispute, j’aurais dit ça ? Oui, mais toi, il y a trois jours, tu m’as dit ça. » Au fond, c’est comme si les réactions déplacées des autres justifiaient ses propres écarts de comportement. Évidemment, soi-même, on n’a jamais rien à se reprocher, on est parfait, point à la ligne, et si problème il y a, le responsable est ailleurs.

La perfection n’existe pas, l’imperfection oui

On nous laisse entendre qu’il faudrait agir avec exemplarité, en toute circonstance.

Se tenir droit et sourire quoi qu’il advienne.

Répondre calmement, avec assurance, en restant maître de ses émotions.

Être fort et solide comme un roc.

Faire attention à tout ce que l’on dit avant de le dire, et à tout ce que l’on fait avant de le faire.

Avoir toujours les meilleures intentions.

Être rayonnant de bonheur.

Ne tolérer que le positif, parce que le négatif, ce n’est pas bon pour son image.

Être une femme idéale, un homme idéal. Une épouse modèle, un époux modèle. Une mère parfaite, un père parfait. Un enfant sage.

Nous savons que c’est un objectif impossible à atteindre. Un leurre. Et pourtant, ce mythe continue de planer dangereusement au-dessus de nos têtes, exerçant une pression invisible dans nos vies qui, pour beaucoup d’entre nous, peut devenir insupportable, au sens où elle nous éloigne de qui nous sommes vraiment.

Mon imperfection ne fait pas de moi quelqu’un de mauvais

Même si on veut se donner tous les moyens de croire le contraire, nos émotions sont bien présentes et les cacher, les nier, ne servira à rien.

Parfois, on arrive à les exprimer en gardant son calme. Parfois, non.

Ne pas garder son calme, cela arrive à tout le monde

Nos larmes vont ressortir et on va en avoir honte. Mais voilà, pleurer n’est pas interdit, pleurer n’est pas mauvais, pleurer ça fait du bien, et ça ne fait pas de nous de minables vermicelles à jeter à la poubelle. Si nous avons besoin de pleurer, pleurons. Et qu’importe le regard que les autres portent sur nous.

Ou alors, notre rancune va s’exprimer avec force, ce qui mènera immanquablement au conflit. Au début, on se dit, « à qui la faute ? ». Puis, on commence à s’interroger sur son comportement. On identifie la faille. Et là, c’est le drame. Le début de la fin.

« Je l’admets, j’ai mal agi. Mais alors c’est terrible, parce que cela veut dire que je suis une personne mauvaise. Je me sens atrocement coupable. J’ignore comment je vais arriver à vivre avec cette nullité qui me colle au corps. »

Reconnaître ses failles

Au lieu de s’apitoyer, pourquoi ne pas reconnaître la situation?

« Oui, j’ai mal agi, et je m’en excuse. Je tâcherai de m’en souvenir pour tenter de m’exprimer plus posément la prochaine fois. En allant m’isoler avant de parler par exemple, pour laisser passer la tornade avant. »

Ce n’est pas parce que je m’éloigne de l’idéal de perfection que je suis quelqu’un de mauvais. Je suis comme je suis, avec mes qualités et mes défauts, et si ça ne va pas, je l’admets, je m’en excuse, et j’essaye tant que je peux de réparer mes méfaits.

L’exemple de la parentalité

L’exemple de la parentalité est assez frappant. En tant que parent, on voudrait que tout soit bien réglé, qu’il n’y ait ni accroc ni tension, asseoir notre autorité avec justice et modération, et suivre tous ces conseils que l’on nous prodigue pour que l’ordre règne dans notre maison. Mais, nous l’apprenons à nos dépends, ce n’est pas aussi facile. Comme un enfant, on apprend, on tâtonne, on se plante, et ce « pardon », il est nécessaire de le demander nous aussi. Il n’y a pas que quand l’on est petit que l’on fait des bêtises.

Quand la fragilité devient une force

La clef, c’est d’apprendre à relativiser, à mettre de la distance avec ce que l’on fait et qui l’on est, et à tirer des leçons de nos actions pour nous améliorer. Étant entendu que la faille nous attendra toujours au tournant.   

En se remettant ainsi en question, on reconnaît avec humilité sa fragilité, et on l’accepte telle quelle, comme faisant partie d’un tout, comme faisant partie de soi, ce qui aide à s’apprécier à sa juste valeur.

Il y a de la beauté dans l’aspérité, dans les craquelures, dans les failles, dans les fissures, parce qu’en elles s’immiscent des trésors insoupçonnés, qui nous aident à grandir et qui font notre force.

Héléna DAHL

Française résidant à Bruxelles, âgée de trente-deux ans, j’ai commencé ma carrière en tant qu’assistante parlementaire au Parlement européen, où j’ai travaillé pendant cinq années. Animée par ma passion de l’écriture, j’aspire aujourd’hui à une carrière d’auteure professionnelle. En effet, écrire a toujours fait partie de moi, et ce dès le plus jeune âge. Mon premier roman, La nuit s’éveille et tout s’éclaire, est une œuvre de fiction basée sur mon récit de vie.