S’habiter

se reconnecter à soi

S’habiter

Se reconnecter à soi aide à gagner en sérénité et à réinvestir les profondeurs de son être. Face à l’anxiété et l’urgence d’agir, gardons toujours à l’esprit qui nous sommes en habitant réellement notre intérieur.

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Se reconnecter à soi

Réapprendre à ressentir 

Alors que je commençais à déjeuner, je m’apprêtais à prendre mon téléphone. L’important n’était pas ce que j’allais y faire ; il fallait juste que j’ai quelque chose sous la main. Au dernier moment, je me suis rétractée. Pourquoi ne pas manger, tout simplement ?

L’expérience s’est révélée très agréable. Installée face à la fenêtre, j’ai pris conscience de la nourriture que j’avalais, dégustant chaque bouchée avec lenteur, sentant un bouquet de saveurs complexe sur mon palais, qui me régalait. Au lieu de m’abreuver d’images défilant en vitesse dans mon cerveau déjà surchargé, je regardais autour de moi. Quand je sortais du flot de mes pensées et me rappelais à mon présent, sans mettre de mots, si petits, si insignifiants, je ressentais. J’étais vraiment là où j’étais, habitant mon corps, que je prenais soin de redresser et de grandir, les pieds fermement ancrés au sol.

La valeur de l’instant

À l’époque où j’étais malade de la dépression, je me soumettais complètement à mon mental, au point de ne plus pouvoir respirer correctement. J’étais devenue comme une automate qui bougeait un amas d’organes qu’elle ne maîtrisait plus. Au fur et à mesure, j’ai appris à réaliser la valeur inestimable de l’instant que l’on vit, éloigné des distractions et préoccupations.

Notre existence a de la substance

Lorsque l’on est seul, l’ennui arrive vite et il devient difficile de se déconnecter du reste pour se reconnecter à soi. Mais le problème ne vient pas que la solitude ; il y a aussi cette culpabilité qui s’empare de nous à l’idée de ne pas rentabiliser les secondes qui défilent, à table, dans l’attente, en compagnie d’autrui, jusqu’aux toilettes ; comme s’il fallait combler un vide dans notre existence. Seulement, cette existence a de la substance, qui n’attend qu’une chose : qu’on la voit, et, au-delà, qu’on la reconnaisse. Elle est comme une maison ou un immeuble dont la façade se colore à la manière des fleurs pour attirer notre regard et nous pousser à la rejoindre.

Se reconnecter à soi

Passer dix minutes à scroller un écran sans s’arrêter sur une information qui nous intéresse est-il plus productif que de s’abandonner au temps qui passe ? Cela dépend du point de vue que l’on adopte. Ne rien faire paraît inutile, dénué de sens. Au contraire, je dirais que c’est extrêmement bénéfique, parce que cela nous rappelle à l’essence de notre être, à ses perceptions, ses sens éveillés, ses émotions, sa réalité.

Réinvestir sa maison

J’entends bien : c’est impossible de se couper de ses pensées ou de cesser d’agir en permanence. Mais à l’occasion, surtout quand la machine s’emballe, face à l’anxiété et l’urgence d’agir, n’ayons aucun scrupule à nous arrêter, à réinvestir notre maison, et à y puiser toutes les ressources dont nous avons besoin, pour repartir plus serein et conscient de qui nous sommes.

Héléna DAHL

Française résidant à Bruxelles, âgée de trente-deux ans, j’ai commencé ma carrière en tant qu’assistante parlementaire au Parlement européen, où j’ai travaillé pendant cinq années. Animée par ma passion de l’écriture, j’aspire aujourd’hui à une carrière d’auteure professionnelle. En effet, écrire a toujours fait partie de moi, et ce dès le plus jeune âge. Mon premier roman, La nuit s’éveille et tout s’éclaire, est une œuvre de fiction basée sur mon récit de vie. Mon deuxième roman, Un homme vrai, raconte l’histoire d’un homme face à la dépression.